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One hundred ghost stories, Anastasia Bay

29 Mai 2021 - 17 Juillet 2021 
May 29, 2021 - July 17, 2021 

 “ Cent histoires de fantômes”

- Hyaku Monogatari -  est un jeu de tradition asiatique.
Lors d’un moment de partage entre ami.es, on dispose des dizaines de bougies allumées, chacun.e raconte une histoire effrayante aux autres et souffle ensuite la flamme. La légende veut qu’une fois la dernière bougie éteinte, un esprit apparaisse.

Ce jeu a été popularisé par Hokusai. Convoquant monstres, fantômes vengeurs et cannibales, en lieu et place de ses traditionnels paysages japonais.

En choisissant ce titre pour son exposition doublement inaugurale, ouverture de sa première exposition personnelle et du nouvel espace de la galerie, Anastasia Bay énonce d’emblée ce pourquoi nous nous rassemblons.

Nous allons nous raconter des histoires. Sans mots. Avec des couleurs et des corps enchevêtrés formant une grande cosmogonie de savoirs enfouis et de pratiques séculaires.

Car le monde entier s’est réuni en 2020 pour partager l’une des histoires les plus effrayantes du XXIème siècle. Quelqu’un a dû souffler la dernière bougie sans que l’on s’en aperçoive, et l’esprit est apparu. Démiurge de la plus spectaculaire narration apocalyptique depuis la grande peste et autres catastrophes dont seul l’être humain en a le secret.

En un tour de magie spectral, un pangolin dansant sur sa boule de cristal nous a révélé nos plus grandes peurs, nos plus grandes craintes, nos plus grands doutes. Mais aussi à de grandes joies, rêves et utopies. Comme lorsqu’enfant, nous nous cachions sous la couverture la nuit en pensant que l’on deviendrait invisible au dehors.

Faire face aux tableaux d’Anastasia Bay, c’est se glisser sous la couverture et voir s’exaucer un instant sa promesse de protection et d’évasion.

Sumos androgynes, fumeurs d’opium ou de nouvelles drogues de synthèse trouvées sur le darknet, adolescentes serrées dans un uber ayant mal négocié son virage, chanteur.euse.s en habits de scène ou en pyjama, iels s’offrent à nous, regard voyeur non plus derrière la vitre d’un écran noir et glacé figurant le monde, mais devant une apothéose de fonds colorés aussi pops que baroques, jouant des transparences comme le feraient des TDS en vitrine, séduisants et dérangeants car hors normes. Iels s’entourent de chiens qui les protègent, les rassurent, les poussent à sortir de chez elleux. Dans leurs fourrures chamarrées se cachent probablement l’amour et la douceur dont iels ont manqué.

Entre ces corps lascifs de performeur.euses fatigué.es, assis.ses, allongé.es, se crée une tension picturale entre figures nobles et figures populaires, précisée par Jean Clair dans « Parade et Palingénésie » où il nous parle du « Foris », le forain, à l’origine l’étranger, celui qui vit en dehors de la communauté. Il est l’opposé du bourgeois, figure mimétique de l’artiste lui-même, le nomade, l’errant, l’instable, le fou que Picasso nous donnait à voir dans sa série « le cirque » au début du XXème en créant « une scène fictive où des acrobates et des équilibristes jouent des rôles de la vie quotidienne, expriment leurs problèmes personnels, leur solitude et l'incompréhension à laquelle leurs sentiments sont en butte ».

L’époque a changé mais nous restons tous et toutes en proie aux mêmes aléas de l’être.

Ces grand corps alanguis, ni homme, ni femme, mi-homme, mi-femme, s’imposent avec une solennité propre aux divinités vénérées dans des cultures non-occidentales. Iels sont grand.es, puissant.es, affirmé.es, nu.es. La gravité picturale et colorimétrique les parent d’une dimension oraculaire. Ce sont des personnages/arcanes majeurs, hors des codes normatifs établis. À la fois beaux, belles et difformes, Anastasia les incarne sur des surfaces/espaces absents d’une quelconque référence architecturale. Ils ne sont pas dans un salon, à la plage ou dans un café.

Iels sont.
Sont ce qu’iels sont.
Au moment où iels le sont.

Fragiles, titubants, frôlant la chute. Mais toujours se secourent, se soutiennent.
Vont par deux, par trois. Lorsqu’iels sont seul.es, iels rejoignent un.e absent.e qui les attend, plus haut, plus bas, à l’étage ou au sous-sol invisibles. Une peinture du moment présent. Demain après, plus tard, nous n’en saurons rien.

Pour l’inauguration de ce nouvel espace, nous vous réunissons fièrement autour du travail d’Anastasia Bay et de ses cent histoires de fantômes, en espérant que lorsque la dernière bougie aura été soufflée, de nouvelles histoires et de de nouveaux récits prendront forme dans ce que l’on appelle à présent le monde d’après.

EP - 2021
 

Infos pratiques
Horaire
Wednesday - Saturday
2pm-6pm
Wednesday - Saturday
2pm-6pm
Adresse
Rue des Minimes 39
1000 Bruxelles - Belgique
Contact
+32478354213
info@sorrywereclosed.com
Site web
Description

Sorry We’re Closed is a contemporary art gallery created by Sebastien Janssen in 2008.The focus of the gallery is upon mid-career and emerging artists from Belgium and abroad. Since 2015, the galerie is located in a new 130 meter square space, 67 rue de la Régence in the center of Brussels. The gallery maintains a diverse exhibition program with solo exhibitions of the gallery artists as well as group exhibitions and special projects as editing artists jewels or showing vernacular photography.