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The End of Time, Tom Poelmans

 

03 septembre - 24 octobre 2020 
September, 03 - October, 24 2020

 

 

Ce n’est pas le temps qui passe mais nous. Ferdinand Cheval (1836-1924)

Un don de l’histoire de l’art. C’est ainsi que Tom Poelmans définit la reproduction d’une miniature médiévale trouvée par hasard dans un livre de seconde main. Illustration d’un texte dont il n’a pas réussi à retrouver la source, l’image donne à voir un combat chevaleresque dont la violence iconographique n’est atténuée que par la rigueur de la composition et la fermeté du trait de pinceau.

Dans le coin inférieur senestre du tableau figure l’infidélité majeure de Poelmans à son modèle : le peintre s’y est représenté à quatre pattes, recouvert d’une dépouille animale et observant les pages ouvertes d’un livre, tendu par un squelette, sur lesquelles figure un cheval rouge. Ceux qui connaissent encore les textes bibliques associeront rapidement l’équidé à la monture du second cavalier de l’Apocalypse, symbole de la guerre et annonciateur de la fin des temps. 

Intitulé A Dead Man’s Dream, le tableau est le plus grand jamais réalisé jusqu’à ce jour par le peintre anversois. Interrogé sur la technique employée et la durée d’exécution du tableau, Poelmans dit s’être égaré plusieurs mois sur la surface de sa toile et n’avoir fait usage que de quatre pinceaux dont la largeur ne dépasse jamais celle de son pouce… Il y a dans la sincérité de cette réponse l’aveu d’un pèlerinage pictural aussi naïf qu’absurde : celui de la transposition à l’échelle monumentale de la pratique miniaturiste de l’enlumineur médiéval. 

A Dead Man’s Dream est aussi un exercice d’exorcisme pour Tom Poelmans. Il s’était fait un nom avec ses compositions abstraites, comètes matiéristes face auxquelles le spectateur ne parvenait jamais à retracer les étapes du processus de création. Voici qu’il tourne le dos à cette virtuosité plastique et aux sirènes de la facilité pour ne plus se concentrer que sur la réalisation d’une oeuvre dans laquelle le dessin, une discipline pour laquelle il se considère dépourvu de talent, joue un rôle central. 

Cette errance plastique s’associe à une nostalgie enfantine pour donner naissance à une série de tableaux et d’oeuvres sur papier mêlant les trouvailles les plus subtiles de l’art du passé aux recettes les moins créatives de nos cultures contemporaines. Quiconque visite l’atelier de Poelmans sera frappé par la coexistence pacifique de reproductions de chefs-d’œuvre de l’art occidental avec des centaines de figurines en plastique Disney ou Marvel, mélange improbable de témoignages savants et populaires de la survivance de la lutte mythique du bien et du mal. 

En matière d’art, le temps se dilate mais ne se rattrape jamais. Tom Poelmans en est conscient. Voici quelques années, il recouvrait la surface d’une de ses toiles de l’inscription placée par le facteur Cheval près du cadran solaire de son Palais idéal. Depuis, il ne fait plus que ce qu’il lui plaît… Cloîtré dans son atelier, il couche sur le papier ses fantasmes d’éternité en se mettant sans cesse en scène. 

Si son art doit être là pour quelque chose, ce sera pour nous rappeler que pour savourer la pomme de la connaissance, c’est d’abord celle de l’imagination qu’il faut croquer.

Simon Delobel, Anvers, juillet 2020

 

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