Actualités

L'Évidence du printemps, Jean Milo

20 Mai 2021 - 17 Juillet 2021
May 20, 2021 - July 17, 2021
 

L’exposition consacrée par La Patinoire Royale - Galerie Valérie Bach à Jean MILO (1906 – 1993) s’inscrit dans le tropisme de la galerie vers l’art belge, en général, et vers la peinture belge, en particulier, suite à la grande exposition « Painting Belgium, Abstractions en temps de paix (1945 -1975) » (2019) qui avait déjà largement rappelé son existence au public.
Telle une plante qui fleurirait toute l’année, l’œuvre de Jean MILO illustre une efflorescence printanière linéaire et continue, qui irradie sans jamais décliner, tout au long de sa carrière d’artiste. Relevant de la nécesssité pulsionnelle, quasi vitale, cet acte de peindre se traduit tous les jours et en tous lieux. Comme chez Bonnard, Dufy, Matisse ou son ami Tytgat, au cœur même de sa création se trouve un réacteur de couleurs chatoyantes ou harmoniques, en permanente ébulition, dans lequel se mélangent une ode à la joie, une pétillance intarrissable, une expression infinie de gaité et de vie.
L’œuvre panthéiste de MILO célèbre l’optimisme et l’organique complexité de la nature, à laquelle elle est vouée toute entière. A aucun moment, l’artiste n’a suivi la mode, mais il a accompagné son siècle, se livrant à différentes expériences, illustrant le fauvisme, le cubisme, l’expressionisme, l’abstraction lyrique et gestuelle, et ce que l’on a justement qualifié à son endroit d’« impressionnisme abstrait ». Homme de son temps, il a vécu dans et avec la modernité, ne cherchant jamais le succès ou la complaisance commerciale, et préservant comme le plus précieux des trésors la magie et la fraîcheur de l’enfance. Voulant être lui-même, avant tout, il cherche une intime complicité avec la matière, fuit l’ascétisme du concept et se repaît du contact charnel avec le monde, évitant les automatisme d’une abstraction lyrique qui serait faite de répétitions, de réflexes et d’habitudes, au profit d’une expérimentation sans cesse renouvelée, spontanée, profuse. Vivifiant sa peinture d’une activité d’écriture poétique et d’édition, toute l’œuvre de Jean Milo est traversée par la musique, celle des mots et celle des notes, en fond sonore de la gaité qu’il confère à ses toiles.
En peintre-poète ou poète-peintre, il échappe à la classification, comme toujours, et donne à voir une émotion incarnée, jouissive, qui pénètre le réel, allant au fond des choses en retirer le sens caché. Son œuvre est donc initiatique au sens de la nécessaire progression des émotions, une forme d’apprivoisement sauvage qui, lentement, nous fait découvrir une grammaire picturale complexe et cohérente, nous conduisant à percer le secret qui est à l’œuvre, dans un accomplissement progressif de notre jouissance à accéder à sa compréhension du monde.

Le peintre est un dessein, Gérard Alary 

20 Mai 2021 - 17 Juillet 2021
May 20, 2021 - July 17, 2021
 

Gérard Alary s’est fait connaître comme peintre depuis la fin des années 1970. Depuis se sont succédées des expositions dans les institutions publiques comme dans de nombreuses galeries. La Patinoire Royale-Galerie Valérie Bach lui consacre, aujourd’hui, sa troisième exposition, Non, à sa peinture, comme les précédentes mais à son œuvre graphique qui lui est indissociable. L’œuvre de Gérard Alary a connu différentes périodes dont les plus marquantes, pour moi, furent, d’abord, dans les années 1980 de s’emparer de figures africaines ou préhistoriques, comme put le faire James Brown pour les changer en acteurs d’une esthétique expressionniste, vive et tranchante, jusqu’au tournant de son exposition au Musée de la Vieille Charité, à Marseille. Dès lors, en 2007, sa recherche se libère sur d’immenses toiles pour saisir une énergie du monde et de la matière venant toujours des « origines », mais se livrant dans le siècle qui est le notre. Le critique Michel Enrici rapproche son œuvre de celle d’Emilio Vedova comme j’imagine, aujourd’hui, une complicité avec la peinture d’Hermann Nitsch, tant le corps est en jeu dans son travail, dans l’abolition des frontières académiques.
Chez lui, comme chez Nitsch, toute forme figurative est abstraite, et l’abstraction traverse, en la métamorphosant, toute figuration.
Nous le découvrons dans son œuvre graphique et c’est pourquoi cette exposition s’intitule « le peintre est un dessein ». Ce jeu avec le double sens des mots indique que, pour lui, dessin et peinture ne cessent de relancer ce dessein poétique et pratique : mettre à jour le flux, la résistance irréductible de l’individu face aux attentes de la matière et du temps. Si sa peinture nous projette, dans l’activité continuelle du cosmos, des forces telluriques c’est parce que son sujet central, comme le révèlent, son graphisme, ses surfaces vibrantes, est la personne humaine. Elle est devant nous, en pied, dans de petits dessins, mue par l’animalité, les éléments, la sexualité, les vents d’orage ou, au contraire, concentrée dans un visage, une face, un crâne sculptural, en proie à la mort mais, plus encore, animée par la réponse à cette déflagration, par un « ressort » que le créateur va chercher en lui … Ce souffle lui permet de balayer la destruction au travail pour restaurer, par le dessin, cette face et ce visage.
Je pense à la phrase d’Emmanuel Lévinas « le visage s’impose à moi sans que je puisse être responsable de sa misère. La conscience perd sa première place ». L’art, chez Gérard Alary, vient au secours de la conscience pour que le visage humain ne soit ni objectivé, ni oublié mais qu’il devienne le cœur « battant » de son œuvre. Cette confrontation, avec ce qui le menace, confie Gérard Alary « me permet, je l’espère d’être plus conscient. J’y puise la force et j’espère en donner aux autres. Ne pas oublier que nous allons mourir donne, paradoxalement, plus de joie, plus de désir »

Infos pratiques
Horaire
Mardi - Samedi
11h-18h
Adresse
15 rue Veydt
1050 BRUXELLES - Belgique
Contact
+32 (0)2 533 03 90
info@galerievaleriebach.com
Site web
Description

La Patinoire Royale-Galerie Valérie Bach a ouvert ses portes en avril 2015 dans une patinoire à roulettes, la première au monde, construite en 1877, et classée monument historique en 1995. La galerie a dessiné une programmation libre en trois axes distincts, structurés autour de la femme artiste, la monumentalité et une préoccupation esthétique forte. Le choix éditorial des expositions résulte de la matérialisation d’un goût présidant au choix des artistes que la galerie accompagne dans leur positionnement international, par une participation aux foires et un vaste réseau de collectionneurs. Par ailleurs, et afin de répondre à sa qualification quasi institutionnelle, la galerie choisit de présenter des expositions plus historiques, mettant en exergue des mouvements ou des courants de l’art moderne, belge ou international, tels la Figuration narrative, l’art cinétique ou l’abstraction belge, en sculpture et en peinture. Cette galerie propose sur 3000 m² quatre espaces distincts de tailles différentes : la grande nef, la galerie vitrée, le premier étage et le rez-à-rue, permettant la tenue d’expositions de formats et d’expression différents, simultanément ou distinctement, donnant la pleine mesure de son large spectre artistique, dans une visée culturelle et pédagogique clairement assumée. A ce titre, chaque exposition fait l’objet d’un commissariat, accompagné d’une publication et d’un service de médiation aux publics. La galerie offre les services du restaurant Martine, directement relié aux espaces d’exposition par une cour jardin, et qui présente une carte de cuisine saine et innovante.