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Hide, Tinus Vermeersch

 

29 Août - 24 Octobre 2020 - 109 Rue Saint-Georges - Ixelles

August 29 - October 24, 2020 - 109 Saint-Georges Street - Ixelles

 

 

FR

 

La pandémie de covid-19 a-t-elle eu un impact sur ton travail ?

 

C’est difficile à dire parce que je me trouve encore en plein dedans. Parfois, ce n’est qu’après coup qu’on se rend compte qu’un changement d’ambiance ou d’état d’esprit a eu un impact sur le travail. En tout cas, dans mon œuvre, je présente toujours les mêmes formes, sous des aspects à chaque fois différents. Au fil des ans, j’ai créé un univers personnel où apparaissent un certain nombre d’archétypes en constante transformation. Souvent, ce qui a provoqué le changement n’est autre que l’exploration d’un autre matériau – ce qui revient à une sorte d’influence extérieure. Bien que le monde que j’imagine semble être radicalement séparé du monde réel, je constate souvent, avec le recul, que ce dernier a eu plus d’influence que je ne le pensais à l’époque.

L’une des influences du confinement est certainement le fait que, tout à coup, il y a eu plus de temps. J’avais depuis longtemps envie de faire plus de sculptures et de travailler sur de grands formats, à la détrempe sur toile. Pétrir et cuire l’argile, préparer et tendre la toile : j’ai besoin d’avoir ces choses en main dès le début ; c’est une sorte de nécessité intérieure. Mais bien sûr, cela demande du temps. Et soudain, ce temps, il était là. 

 

Quel est le rôle de l’artiste / sa responsabilité ?

 

Je n’ai pas vraiment d’opinion à ce sujet. Ne pense-t-on pas trop en termes pragmatiques, comme si l’artiste devait absolument être affecté à une tâche déterminée ? Il me semble que les artistes voient les choses différemment, qu’ils ont des antennes plus sensibles et qu’ils entendent mieux le son fondamental sous le bruit quotidien. Faire remonter le sous-jacent à la surface, sous la forme qu’il éprouve comme la plus proche de lui : peut-être est-ce là un rôle possible pour l’artiste.

 

Peux-tu nous expliquer comment tu as préparé cette exposition personnelle ?

 

Au départ, je cherchais un moyen de m’affranchir un peu de la technique picturale très stratifiée (et lente) qui est la mienne. J’ai pensé que ce serait une bonne idée de faire une série de petits paysages à la peinture à l’huile sur panneau, peints très directement et humide sur humide. 

L’approche, certes, était libératrice, mais les résultats qui, en fin de compte, me satisfaisaient le plus, étaient quand même précisément ceux sur lesquels j’étais passé plusieurs fois. Apparemment, il y a quelque chose d’inévitable dans ma façon de travailler par couches superposées. Sans cela, je n’arrive pas au point où la méthode de travail et le contenu semblent coïncider. A cet égard, on peut dire que je me trouvais un peu dans une impasse.

Alors est venu le coronavirus. Et le confinement, comme je l’ai dit, m’a donné le temps de reprendre le fil de mon œuvre sculpturale et de mettre à l’épreuve les idées que j’avais pour peindre en plus grand format. 

C’est ainsi que, d’une part, sont nées une série de petites sculptures en céramique qui sont pour ainsi dire une traduction tridimensionnelle de scènes et de figures qui apparaissent également dans mes dessins à la plume. Formellement, elles rappellent quelque peu les chinoiseries, apparentées au rococo, avec leurs formes ornementales, leur accent sur la matérialité, la nature stylisée et l’anecdotisme. En contrepartie, des formes plus épurées ont également vu le jour: des archétypes tels que des meules de foin, des huttes et d’autres formes enveloppées, qui ont été dépouillés et ramenés à leur noyau. En raison de leurs formes austères, il a fallu accorder une grande attention à leur finition. Grâce au polissage et au processus de cuisson dans lequel la fumée – mais aussi le hasard – joue un rôle majeur, ils ont reçu une peau réfléchissante qui ne montre pas immédiatement la véritable matière de l’objet. J’ai parfois ajouté des éléments en bois et en corde, qui évoquent une sorte de fonctionnalité. Avec leur matière naturelle et leur structure ouverte, ils forment un contraste avec les formes métalliques hermétiques. On pourrait les considérer comme une sorte d’ « antennes » de la réalité.

Dans les peintures, j’ai cherché à établir un lien avec les sculptures, tant dans la manière de peindre que dans la forme. Ici aussi, le processus de travail joue un rôle essentiel. De la même façon que mes personnages, qui accomplissent toutes sortes d’activités apparemment banales, je m’occupe, quant à moi, à fabriquer ma propre peinture, à préparer la toile, etc. ; et ces actes préparatoires ont pour moi la valeur d’une sorte de rituel. C’est comme si, à chaque couche, je n’ajoutais pas seulement de la matière, mais aussi du sens. En outre, cette activité artisanale me donne le sentiment de produire, en plus de l’image, également un objet.

J’ai tendu la toile comme une peau, avec une corde dans un cadre de bois, et ce procédé a donné un bord effiloché avec des trous dedans. J’ai voulu que ce bord reste visible dans le résultat final. Cela montre d’une part l’importance que j’attache à toutes ces couches constitutives, et d’autre part, cela établit un lien avec les sculptures, où les bâtons remplissent la même fonction.

J’ai consciemment opté pour une tonalité limitée et pour une manière de peindre qui est en fait proche de la sculpture, parce qu’à chaque couche, je pénètre un peu plus profondément dans le sujet. J’aime quand l’image et le sens se révèlent très lentement, et de préférence pas complètement. Les nuances des blancs et les ombres réciproques n’apparaissent pleinement que lorsque l’on regarde assez longtemps. Les yeux doivent prendre le temps de s’adapter aux infimes différences de ton.

Quant à la conception et la mise en place de l’exposition, j’ai surtout cherché à juxtaposer différentes formes de fermeture et d’ouverture, de matière et d’illusion, de légèreté et de lourdeur, sans oublier l’humour. J’ai essayé de créer des formes très diverses qui n’en donnent pas moins l’impression d’appartenir au même monde imaginaire, - et par là, qui sait, je dis peut-être aussi quelque chose sur le monde extérieur.

 

Ton atelier est-il une source d’inspiration ou trouves-tu ton inspiration ailleurs ?

 

Mon atelier est avant tout un lieu stimulant car tout y est fonction de l’œuvre. L’inspiration concrète naît essentiellement pendant le travail, par le contact direct avec le matériel. Le matériel ayant une longue histoire d’utilisation est particulièrement inspirant. Mon langage visuel est influencé par des choses que j’ai emmagasinées consciemment ou inconsciemment en moi. Il peut s’agir de presque tout ce qui croise mon chemin. Parfois, c’est quelque chose qui n’a duré qu’une fraction de temps, mais cela peut être aussi une chose que je fréquente depuis des années. J’aime être dans la nature. Les formes dans lesquelles le temps est visible m’attirent beaucoup, mais plus encore les infinies fluctuations de la nature, tangibles et intangibles, à la fois sur une vaste période de temps et en une seule saison - et dans tout cela, l’être humain toujours affairé. 

 

 

EN

 

Has the corona era impacted your work ?

 

That's difficult to say because I'm still right in the thick of it. Sometimes you only notice later on that a change of environment or mood has influenced your work. I always express the same shapes in my work, but in a different guise. Over the years, I have created my own world with several archetypes that transform constantly. The impulse that paves the way for such a change often comes from exploring a different material, which is also a kind of external influence. While the world that I depict seems to be unrelated to reality, afterwards I often find that reality has had more impact on my work than I realised at the moment.

An influence that the corona era has unquestionably had is that there was suddenly more time. I have wanted to make more sculptures and to work with tempera on canvas on a large scale for quite a while. Kneading and baking the clay, preparing and stretching the canvas: it's kind of a necessity for me to have control over these things from the beginning, but that requires time. And now I suddenly had it.

 

What is the role/responsibility of an artist ?

 

I don't really have an opinion about that. Everything is probably analysed for usability too much. I suspect that artists see differently, have larger antennas, and hear the prevailing tone more easily despite the daily tumult. Bringing that underlying to the surface in the form that is closest to him or her: perhaps that could be a role for the artist.

 

Can you explain how you prepared for this solo exhibition ?

 

Initially, I was looking for a way to break away from the very layered (and slow) manner of painting. A series of small landscapes in oil on panel painted wet-on-wet seemed like the appropriate way to do that. The approach was liberating, but the results that I was ultimately satisfied with were those that I had gone over multiple times. Apparently, that layered procedure is inescapable in my case because otherwise, I don't reach the point where working method and subject matter seem to coincide. In that respect, I had come to a bit of a dead end.

Then corona arrived, and that gave me time to get back to sculptural work and to try painting on a larger scale. On the one hand, a series of small ceramic sculptures arose that are almost a three-dimensional translation of scenes and figures that also appear in my pen and ink drawings. They are reminiscent of little chinoiserie sculptures, related to rococo, with their ornamental shapes, focus on materiality, stylised nature, and anecdotic style. More refined forms also arose as a counterweight: archetypes like haystacks, huts and other veiled shapes were condensed to their essence. The austere shapes meant that lots of attention was paid to the workmanship. Polishing and a baking process in which smoke - and coincidence - played a significant role, resulted in a reflective skin that doesn't immediately reveal the object's real material. Sometimes I added elements with wood and rope, which evoke a kind of functionality. With their natural material and open structure, they contrast with the hermetic, metal shapes. You could see them as a type of "antennas" to reality.

With the paintings, I sought a connection to the sculptures, both through the way I painted and in their form. The work process also plays a big role. Just like the seemingly banal activities of my characters, the preparatory acts of making paint, preparing the canvas, et cetera are a kind of ritual for me. With each layer, it feels like I am adding material as well as meaning. That activity gives me the feeling that I am making an image as well as an object. I stretched the canvas with rope in a wooden frame, and this resulted in a frayed edge with holes. That remains visible in the final result. It doesn't only show the importance that I attach to all those layers, but it also functions a bit like the sticks in the sculptures.

I consciously chose a limited tonality and for a way of painting that is close to sculpting, whereby I penetrate the subject a bit deeper with each layer. I love it when the image and the meaning slowly reveal themselves, but preferably not entirely. The nuances in whites and mutual shadow tones emerge completely only if you look long enough. Your eyes require time to adjust to the minute differences in tone.

Devising and setting up the exhibition was a quest for different forms of closeness and openness, material and illusion, agility and heaviness, and it doesn't lack humour. I tried to make very diverse shapes that give you the feeling that they all belong to the same imaginary world. Who knows, perhaps I am saying something about the external world.

 

Is the atelier a source of inspiration, or does that lie somewhere else ?

 

The atelier is mainly a stimulating place because everything is in function of the work. Real inspiration chiefly comes while working and by being busy with the materials. Materials with a long history of use are very inspiring. My visual language is influenced by things that I have stored consciously or unconsciously. That can be almost everything that crosses my path. Sometimes it's something that only lasted a second, but it can also be something that I have been in contact with for years. I like being in nature. I am very attracted to shapes in which time is visible, but I am even more attracted to the all-encompassing transience of nature, tangible and intangible, both over an extensive period of time and within one season - and in all of that the ever-busy human being.

 

 

Image © TV S14.20, "Untitled", ceramic, wood and flax string, 16 x 12.5 x 15.5 cm ( Gerald Van Rafelghem - courtesy the Artist and Hopstreet Gallery) 

Infos pratiques
Horaire
jeudi
13:00-18:00
vendredi
13:00-18:00
samedi
13:00-18:00
Adresse
Sint-Jorisstraat 109 rue Saint Georges
1050 Brussel - Belgique
Contact
+32496544454
hop@hopstreet.be
Site web
Description
Marie-Paule Grusenmeyer and Pascal Lambrecht are the driving force behind Hopstreet Gallery. Our training and education taught us to strive for aesthetic and mental harmony and we want to share that esprit. We promote artists that have a common interest in the sculptural, the spatialand who work like archaeologists. They are interested both in the physical object and the nature of the meaning of objects. The work they produce is layered and can only be discovered slowly; it surrenders its indiscernible, underlying structures slowly. Hopstreet Gallery is located in the rear of the Rivoli building. The gallery represents European artists. Sara Bjarland, Thorsten Brinkmann, Jonathan Callan, Julie Cockburn, Johan De Wilde, Zarah Hussain, Christof Mascher, Noé Sendas, Fabrice Souvereyns, Bas van den Hurk, Egon Van Herreweghe & Tinus Vermeersch.