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Tina Berning

You've Changed

Du 12/05 au 06/07

 

Tina Berning a grandi dans une petite ville proche des Alpes bavaroises. Elle a étudié le graphisme à Nuremberg et vit depuis vingt ans à Berlin. Elle réalise des illustrations pour des magazines internationaux comme The New York Times ou the Sunday Times Magazine, dessine des couvertures de livres pour des maisons d’édition et conçoit des images (affiches ? ) pour des lieux culturels comme le Deutsches Theater. Mais l’artiste s’exprime avant tout dans sa création libre, qui fait l’objet de fréquentes expositions et est présentée pour la première fois en Belgique. 

‘Cette combinaison entre mon propre travail et un travail de commande peut être très fructueuse’, raconte-t-elle. ‘J’aime jouer avec ces deux positions. Pour le projet que je réalise pour le Deutsches Theater de Berlin, par exemple, si je veux concevoir des illustrations pour chacune de leurs 25 productions théâtrales, je suis obligée de lire tous ces textes. Cela me permet d’explorer des domaines que j’aurais sans doute ignorés autrement, ce qui est très enrichissant et ce qui influence également mon travail personnel.’

‘Depuis 2004, je tiens un journal illustré, une sorte d’Instagram avant la lettre. Je puise mon inspiration quotidienne dans ma fascination pour la figuration et le corps féminin, ce qu’il évoque et ce qui en émane. Pourquoi principalement des femmes ? Parce qu’elles sont l’icône de notre histoire de l’art. Existe-t-il un sujet plus souvent représenté que la Vierge à l’enfant ? Ce qui est frappant dans l’histoire de l’art, c’est la prééminence des portraits féminins, qui sont essentiellement réalisés par des hommes’.

‘Nous savons à quel point l’image de la femme est manipulée, mais sommes-nous conscients de la mesure dans laquelle nous le sommes nous-mêmes, quel que soit notre esprit critique ? Il suffit de regarder les photos de magazines anciens comme récents, pour être confronté à l’uniformité : si nous avons toutes des poitrines différentes, pourquoi cette diversité n’est-elle jamais exprimée ? Parce que les seins qui ne correspondent pas aux normes de beauté sont disgracieux et que l’objectivation du corps de la femme est un phénomène vieux comme le monde ? L’émancipation signifie-t-elle que les corps masculins sont également soumis à cette objectivation ? Depuis les spots publicitaires très populaires de la marque Abercromby & Fitch, je constate que le ‘six pack’ fait désormais partie du paysage mental masculin. Cela apprendra-t-il aux hommes à changer leur regard sur les femmes ? Est-ce la revanche féministe après des milliers d’années d’objectivation ? ‘. 

 

‘Dessiner, pour moi, c’est avant tout regarder, voir comment les choses sont montrées, les jeux de lumière sur les photos des vieux albums que je trouve sur les marchés aux puces. En quoi diffère la représentation de la femme actuelle de celle d’un livre sur Paris dans les années 60 ? Qu’y a-t-il d’intemporel dans cette image ?’

‘Je m’assieds et je commence à dessiner, sans but précis. Je ne fais pas mais je trouve, tout à coup il y a quelqu’un en face de moi, qui me regarde depuis le papier. J’utilise souvent un vieux papier, fabriqué et destiné à une autre époque, que je réutilise aujourd’hui.’

‘Les centaines de dessins aboutissent dans deux boîtes : ‘Pas très bon’ vs ‘Pas trop mal’. Une troisième boîte contient des bouts de papier destinés aux collages. Les boîtes se remplissent, je n’y touche pas durant des jours, des semaines, voire des mois. Puis je les réexamine et parfois, avec la distance et une autre disposition d’esprit, les choses m’apparaissent soudain. Les images passent alors d’un tas à l’autre, bien plus tard, en y ajoutant l’élément nécessaire. Il arrive aussi qu’il ne se passe rien.’

‘J’aime dessiner rapidement, à l’aide de quelques traits, qui doivent toutefois être les bons traits, que le spectateur lui-même doit pouvoir prolonger. Beaucoup de vide aussi, de l’espace qui permet de former sa propre vision de l’image, en fonction de son contexte et de son histoire propres.’

‘Le caractère personnel de cette interprétation est apparu clairement lors des trois expositions des ‘100 girls on cheap paper’ à Berlin, New York, et Tokyo. Les réactions des spectateurs furent enthousiastes partout, mais leurs préférences allèrent à des oeuvres complètement différentes.

‘Comment conçois-je une exposition ? Comme je produis un volume important de travaux avec mon principe de quotidienneté, j’ai l’embarras du choix. En modifiant la combinaison des dessins entre eux, de nouvelles associations apparaissent. Les agrandissements livrent des réponses surprenantes. Le processus de sélection est intuitif, les pièces du puzzle s’assemblent au tout dernier moment, ce qui garantit de belles crises de panique’, dit-elle en riant. 

La nouvelle exposition s’intitule ‘You’ve Changed’, peut-être en hommage à Billie Holiday, mais toutes les possibilités sont ouvertes. Le dessin a changé, la femme, nos relations. Il s’agit de 30 à 36 oeuvres au total, les petits formats dans une vitrine, les plus grands formats aux murs. Toutes sont issues d’un regard. Dessiner c’est apprendre à regarder, rechercher l’exceptionnel dans l’ordinaire. Je contemple la femme et l’humain avec amour, sans cynisme.’

 

Catherine Vuylsteke

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