Actualités

Edgar SARIN

nouvelles œuvres

-

7 March – 13 April, 2019

-

Extrait de « La Virtuosité de la part manquante »
Glen GRAINGER

L’exposition « nouvelles oeuvres » sort de la terre. Elle présente des pièces taillées dans le
chêne, plongées dans l’huile d’olive, et certaines jetées au feu, dispersées dans la salle par des clichés
photographiques aux nuances de poussière. Triglyphes, laraires, images s’avoisinent, nobles et
silencieux, entre le noir d’aniline, neutre et profond, des uns, et la polychromie brune du bois, aux stries
alezan, brou de noix, bistre et grège, des autres.

Mais que se passe-t-il lorsque nous nous trouvons face à une oeuvre de Sarin ? C’est d’abord
un objet que l’on voit. Une matière brute, une texture rugueuse, une surface fissurée, travaillée avec un
certain jazz par les préoccupations du sculpteur. Car Sarin est un sculpteur ; il conçoit des formes en
volume, en relief par taille directe, modelage et assemblage. Un appel de la matière nous happe.

Mais cet appel se double d’une aspiration vers ce que l’on ne voit pas. Les oeuvres de Sarin recèlent
un ailleurs mutin et traumatique. Elles façonnent ce qu’elles dérobent au regard du spectateur
: leur part manquante. Cette virtuosité de la part manquante, loin d’annihiler la beauté sibylline des
pièces elles-mêmes, innerve l’art de Sarin. Une part manquante qui, tel l’endocarde tapisse la couche la
plus intime de tout coeur humain, ensevelit la fascination millénaire de l’être. Ici, cette part manquante
gire autour de l’axe d’une catastrophe. Chaque oeuvre incarne et suggère en même temps l’instant
d’avant. Par là même chaque oeuvre présentée ici fixe un état de basculement.

Et puis chez Sarin, c’est la lumière. Cette lumière est d’abord celle qui éclaire et claque sur la
rétine des spectateurs. Absorbée par le noir d’aniline de certaines Variations sur celui du triglyphe et Variations
sur celui du lararium, elle ne jaillit pas seulement du contraste avec l’environnement immédiat,
mais émane des pièces elles-mêmes. Une opposition forte entre le clair et l’obscur qui, comme chez le
Caravage, n’a pas de centre, ne s’explique pas, surgit, toujours nécessaire dans l’expérience de la matière.
Mais la lumière la plus décisive chez Sarin est celle qui n’est pas là. C’est la lumière du mystère,
de l’ombre, du caché ; une lumière latente qui a toujours qualifié les travaux de Sarin. Baudelaire vénérait
l’échantillon du chaos dans une planche de Goya où se jouent la lumière et les ténèbres. Ici, c’est
l’échantillonnage de l’instant d’avant le chaos.

À l’instar d’un architecte, l’artiste conçoit toujours ses expositions comme un lieu de vie. Cet
espace propage l’intuition d’un phénomène humain. Un phénomène humain qui examine silencieusement
la survivance de l’espèce tout en en rehaussant le déclin. Le lieu de l’exposition n’est que la scène
de la terre, mais une scène sans spectacle. L’individu sent se répandre en lui l’appel d’un foyer millénaire,
le foyer de l’Homme. C’est par exemple toute l’omnipotence de la Terre qui parcourt la densité de
l’OEuvre n°6. Le regardeur, affecté de cette pesanteur tellurique, perçoit le poids du triglyphe massif. On
soupçonne le miracle en cette suspension, qui dit le suspens de l’instant d’avant. L’arrêt, le silence, la
tension, toute la nature de l’homme est ramassée dans le prodige. « Terre féconde en fruits, en conquérants
fertile, salut ! je chante un art à ta grandeur utile », clamait Virgile, dans ses Géorgiques.

Ainsi les Variations sur celui du lararium ne font que relayer le sol en un mouvement vernaculaire.
Leurs niches rassérénantes contiennent le silence naturel d’une expérience de pensée. Ces excavations
appellent la résolution d’un problème informulable d’évidence. Comme Hitchcock suggérait le
drame par l’addition d’images muettes, autant de pistes vers l’accès, d’un mouvement anabatique Sarin
instaure l’instant d’avant, celui que la terre calme prépare depuis l’origine et que l’artiste ne fait que
délivrer sans cérémonie. Voici le silence d’un siècle.

Dans ses « nouvelles oeuvres », Sarin propose une oeuvre intime et millénaire, qui nous guide par
recoupement et expérience vers la conscience de l’instant d’avant. Par son pas dans l’espace d’exposition,
le visiteur en dessine l’ampleur. Mais surtout, les parts manquantes de ses oeuvres hurlent leur
présence symphonique en cette période de désorientation fondamentale ; « nouvelles oeuvres » introduit
la ruine génératrice.
La virtuosité de l’artiste dote un monde désincarné d’une résolution, qui se contente de refléter la
survivance de l’homme. Les oeuvres de Sarin ont, en somme, plus de deux mille ans. Neuves, il nous les
présente aujourd’hui.

-

Michel Rein, Brussels
Washington rue/straat 51A
B-1050 Brussels

Infos pratiques
Horaire
Mercredi au Samedi
10h00-18h00
Adresse
washington 51A
1050 Bruxelles - Belgique
Contact
+32 2 640 26 40
contact.brussels@michelrein.com
Site web
Description
Established in 1992, Michel Rein represents artists from different generations, French and international, established and emerging on a long term basis. The gallery organises exhibitions in two independent spaces. Michel Rein started a second space in Brussels in 2013.