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chemin faisant
paul cox
œuvres récentes
exposition du 21 octobre au 21 décembre 2019

présentation de « Chemin faisant », texte et images inédits de Paul Cox, 
collection La Petite Pierre, éditions La Pierre d’Alun

Il y a deux rituels dans ma journée (au moins, mais je vous livre les deux principaux) : la promenade du matin, toujours la même, toujours différente, et la peinture de paysages, l’une et l’autre étant liées, soit que je dessine ou peigne sur le motif, soit que je me mette à l’ouvrage de mémoire, de retour à l’atelier. Les paysages peints à l’atelier se reconnaissent aisément à un trait qui ne trompe pas : le point de vue y est généralement au milieu de la route, ce qui serait dangereux si j’y plantais mon chevalet. Les paysages d’observation m’apprennent tout ce que j’utilise par ailleurs dans mon travail : traits, accord de couleurs, formes nouvelles, tout me vient de là, de cette « attention sans intention » qu’évoque François Matton dans ses « Exercices de poésie pratique ». Pour les paysages de mémoire, je me rappelle le souhait de Bonnard, qui disait vouloir « montrer ce qu’on voit quand on pénètre soudain dans une pièce d’un seul coup ». J’y travaille vite, avec quelque chose d’un peu rituel même dans la méthode : le report du dessin au papier carbone sur son support en bois, l’application d’une ou parfois deux couleurs de fond, la pose des couleurs avec une calme monotonie de plâtrier (cette image m’étant suggérée par les touches horizontales que j’adopte pour accentuer la sensation de mouvement le long de la route), dans un mécanisme proche du coloriage. Le sujet étant donné : la route et ses stations successives, comme un embryon de récit, je me sens plus libre d’improviser à mon aise, de me concentrer, sans servilité au modèle, sur la couleur et les touches. Je réalise ces paysages de mémoire par groupe de deux, le second reprenant la gamme de couleurs choisie pour le premier, cette contrainte me permettant d’improviser plus librement encore. Mes paysages sont déserts, parce qu’au petit matin on ne croise personne sur cette route de Bourgogne, sinon des vaches sur ses bords. Mais ma promenade n’est pas solitaire pour autant, beaucoup de peintres admirés m’y tenant compagnie : Fairfield Porter, Munch (j’ai pensé à ses bois gravés pour mes compositions en puzzle), David Milne, Manuel Calard dit « Danslecieltoutvabien », Corot pour sa science des valeurs (qui conseillait à ses élèves de résumer le paysage, pour commencer, à vingt valeurs ! – comme si c’était là chose aisée), Alex Katz, Vuillard (pour sa façon de laisser apparentes les couches du dessous) etc. Cette promenade est mon bonheur et mon école, et j’intitule sa resti­tution de mémoire, dans mon jargon intérieur : « Chemin faisant ».
Paul Cox

 

carnet de bord
pol pierart
photographies 
du 19 août au 28 septembre 2019

C’est entendu, la photographie doit être faite par tous, non par un, Nougé et Magritte nous en ont montré l’exemple. Mais commençons d’abord par celui-ci, par Pol Pierart, qui ne nous aura d’ailleurs pas attendus pour commencer. Trente ans en effet qu’il fixe par la photographie, sans jamais se renier, un petit théâtre cent fois monté et démonté, comme les tréteaux des baladins portés autrefois de ville en ville. Tout son monde est là, qui tient en ces objets exhumés du fond des tiroirs, oubliés, râpés, mutilés parfois, agrémentés de mots qu’il dispose à leurs côtés. Images simples et efficaces qui disent sa force et sa fragilité, ses colères et ses illusions ; images puissantes à la mesure de sa déception, images tendres parfois au reflet de ses espoirs, petites images aux grandes ambitions, qu’un format de carte postale sert tellement mieux que de flatteurs agrandissements ; justes images en aphorismes photographiques qui sont, plus que celles d’un moraliste, les sentences d’un philosophe qui, à la fin de l’envoi, parvient toujours à nous toucher. Admirable Pierart, qui affronte ce monde avec si peu de moyens, obstiné comme la marée, têtu comme le ressac, à tarauder en solitaire les falaises d’un monde – le nôtre – où règnent l’injustice, le mensonge, le profit, la misère, un monde où la crapule ne songe plus même à se cacher tant elle s’offre en exemple. Telle une ombre, Pierart se met quelques fois en scène dans ses images, sans souci d’autoportrait, usant de son visage, de son corps à l’égal des objets, signe entre les signes, exhibant aussi mots et maximes qu’il tend entre le paysage et notre regard. Sa tâche est ample : mettre le doigt où saigne le monde, donner une apparence à ses blessures, et rendre visible l’absurdité de l’existence où la conscience de l’inévitable mort devrait pourtant suffire à  réduire bien des ambitions, des méfaits. Don Quichotte se leurrait, qui voyait des princesses chevaucher des ânesses et les moulins le défier. Mais pas Pierart, qui voit juste, qui sait reconnaître l’ennemi. Mais la sagesse n’est pas vertu universelle et les tréteaux de Pierart pas près d’être rangés. Aussi, ces modernes vanités, ces memento mori photographiques, devraient-ils agir comme autant de piqûres de rappel. Xavier Canonne

 

queue de poisson
thierry mortiaux
estampes 
du 13 mai au 13 juillet 2019

 

Poisson, s. m. « On sait que les vrais poissons, les poissons à ouïes, ne s’accouplent pas. » Bonnet, Contemplat. nat. XII, 27
Vous plairait-il de les étreindre, ces échappés du bocal relâchés à la mer ? Hors cadre, les voici en suspension dans l’immensité liquide. Ils vous semblaient familiers, ils se révèlent étranges à vos yeux, évoluant en eaux sourdes. Charivari immobile. Il se pourrait qu’ils vous sourient. Sous la surface, un rien génère le trouble. Il suffit d’une ride, d’une tache, d’un crissement, griffure, grattement, d’un geste esquissé, d’un regard biaisé, d’une grimace figée, du pli d’une chair, et le vertige semble poindre. Vous vous figez vous aussi : ils vous observent, vous jaugent, vous reniflent, leurs humeurs sont les vôtres. Senteurs de fin de soirée, de fin de jeunesse, de fin de vie. Ça sent le stupre et la fleur fanée, messieurs-dames ! Et aussi le sel, l’acide et une drôle d’amertume. Leurs corps sont fatigués, mais ils vous toisent encore. Comme ils sont beaux dans leurs habits de fête, comme ils sont fiers dans leurs vêtements de peau ! Si seulement ils pouvaient respirer le soleil par les pores et s’offrir sans honte à l’inquiétude de vos regards. Eux, ils proposent : il y a de la frénésie dans leurs exhibitions grotesques. Elles, elles s’exposent, leurs lèvres entrouvertes vous disent ce que vous aimeriez entendre. Et cette sarabande éperdue accouche d’un brouhaha diffus, ici et là chuchotements aigus, grognements humides, rires et claquements de dents, antiques incantations, borborygmes informes qui se superposent et se confondent, habillant le silence. Chut ! Un frémissement. Quelque chose se passe. Auriez-vous l’audace de vous avancer à leur rencontre, y risqueriez-vous les yeux, dans ce théâtre de pénombres, y passeriez-vous la tête, dans cette béance à rebrousse-poil ? Encore un effort... À votre tour de frémir : vous voilà poisson – de tête à queue.

Thierry Lecloux

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Le Salon d'Art et de Coiffure & Les Éditions La Pierre d'Alun