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"OSMOSE" - Florence Collard  - Vernissage jeudi 17.05 à 18h en présence de l'artiste

Quelques secondes, voire quelques minutes sont nécessaires pour que les yeux saisissent, dépassent la beauté première du couple parfait formé par le bleu et le rouge. De cet entrelac de traits posés d'un rapide coup de pinceau sur le papier ou la toile, advient la sensation d'un mouvement dont on ne sait de prime à bord d'où il vient. Quelques secondes de pause, voire plus, sont nécessaires pour que la magie opère et que l'ensemble prenne vie guidé par l'envie d'une rencontre possible. Le bleu alors cède sa place au rouge, le soutient, le magnifie et le fait vibrer sous son regard bienveillant. Le rouge prend ainsi son envol, de moments solitaires en retour en arrière, recroisant le bleu pour former des zones grises, de fusion ou de confusion. Dans l'espace cadré d'où le mouvement fait mine de s'échapper, des interstices blancs ; des blankspaces, espaces à inventer.

Comment rendre, par le dessin ou la peinture, les petites choses qui nuancent et émerveillent notre quotidien, s'interroge Florence Collard ? Transmettre l'indicible qu'on emporte avec soi, qui nous mène vers l'autre, que l'on donne après l'avoir reçu et que l'on reçoit après l'avoir donné. ­Telles la sonorité d'une musique entendue, la tonalité d'une rencontre, l'énergie éprouvée au hasard d'une journée. Garder l'oeil sur le temps qui s'écoule, sur l'unicité de la vie. Capter ces instants, les explorer et en profiter. Avec évidence, Florence s'est tournée vers sa fille d'abord transportée par son amour maternel pour ensuite se laisser porter par son univers propre. Alex danse, mais surtout, est danseuse, ce « je-ne-sais-quoi » qui fait la différence. Des heures durant dans le studio où Alex répète inlassablement une variation de gestes, Florence s'imprègne. Sous ses yeux se dessine dans l'espace, l'histoire que savent pouvoir conter les corps dansants, transformant en visible l'intelligible et le visible en intelligible. Puisque la danse est vie - l'« action sacrée » qui pour Matisse exprime le bonheur, alors il lui reste à attraper son mouvement et à tenter de le coucher sans le dénaturer. Eviter de le garder prisonnier, et laisser toute aisance aux corps de bouger et toute liberté à sa fille d'être et de se déplacer, avec et sans elle. D'un geste vif, lui aussi maintes fois reproduit jusqu'à l'abstraction, Florence Collard met en branle ces corps, cette vitalité qui l'anime.

C'est une histoire d'amour qui s'offre à nous dont on capte à peine l'essence tant elle nous déborde. Mais l'important n'est pas là. Sans chercher à comprendre, debout devant la toile, on se laisse absorber par la lumière dont se soustrait à travers le filtre de notre propre mémoire, parfois le bleu - couleur du ciel, de la mer, de la vie qui s'en dégage - et parfois le rouge - couleur du feu, de la joie, de la passion. Séparés, ils produisent peu ; ensemble, ils créent le mouvement, en un agencement simultané, se répondant par ricochet. De leur contraste nait le rythme, non sans vacillement pour l'un et l'autre. L'azur intensifie le rouge dont il peut éteindre la flamme. Le rouge superposé au bleu, ou inversement, se dissout pour faire surgir l'obscurité, dans laquelle le rouge habitue l'oeil, tandis que le bleu le rend visible. Autour et dans les hiatus, d'heureuses échappées. De l'ombre à la lumière, du plein au vide, d'une couleur, d'un corps à l'autre, tout se met en place pour tendre vers un équilibre qui pour espérer atteindre l'osmose nécessite bien plus que quelques secondes et même quelques minutes.

Texte de Florence Marchal

 

 

 

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23 rue de la Longue Haie
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La galerie Artitude représente des artistes plasticiens travaillant sur ou à propos de l'image contemporaine, en dessin, peinture, photographie, vidéo ou installation.