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Gregor Hildebrandt

Der Raum ist die Miete

29 Mai — 27 Juillet 2019
 

La galerie Almine Rech a le plaisir de présenter 'Der Raum ist die Miete' (La Chambre est le Loyer), une exposition de travaux récents de l’artiste berlinois Gregor Hildebrandt. Cette troisième exposition personnelle à la galerie Almine Rech Bruxelles - sa huitième pour la galerie – rassemble des pièces inédites qui se situent dans la continuité de son œuvre, depuis longtemps consacrée à la reconfiguration de matériaux audio et vidéo analogiques - cassettes et disques vinyle – en tableaux de techniques mixtes, sculptures ou installations immersives.

Ce choix caractéristique remonte à un moment clé de la carrière de l’artiste : en 1997, alors qu’il est encore étudiant, il ressent le besoin d’enregistrer un morceau du groupe Einstürzende Neubauten sur une cassette, puis de dérouler, découper et coller la bande magnétique dans l’un des cahiers conceptuels qu’il utilise pour documenter son travail de peintre. Partant de l’idée qu’une œuvre peut potentiellement revêtir une dimension silencieuse et invisible qui ne peut se réaliser que dans l’esprit de celui qui la regarde, Gregor Hildebrandt réalise alors au cours des deux dernières décennies un ensemble de pièces variées : tableaux intégrant des bandes magnétiques, mais aussi œuvres murales ou au sol, constituées de cassettes ou de boîtiers de cassettes, ainsi que des installations - piliers ou murs - composées de disques vinyle moulés par compression.

L’exposition s’ouvre sur une installation en faux plafond (sa toute première du genre) réalisée à partir de vinyles multicolores du groupe munichois Paar – plus précisément l’album 'Hone', première référence de Grzegorzki Records, label créé en 2018 par Hildebrandt et l’artiste Alicja Kwade. Dans l’espace central de l’exposition, Hildebrandt a posé du papier peint 'ingrain' (un papier texturé couramment utilisé dans les appartements berlinois) de couleur blanche, ainsi qu’un vieil interrupteur provenant d’un ancien appartement. Tirant son nom d’un morceau de Tocotronic, 'Die Dinge um mich ergeben ein Muster' (Les choses qui m’entourent forment un motif, 2018) plonge le spectateur dans une sorte de maison-témoin idéale, une rêverie proustienne déclenchée par une association sensorielle.

Différentes pièces sont accrochées sur ce papier peint 'ingrain' ; chacune est une déclinaison nouvelle des travaux antérieurs de l’artiste. Par exemple, telle petite œuvre réalisée par application sur toile d’éléments cuivrés de cassettes audio est en fait une reconstitution miniature d’une pièce beaucoup plus grande du même style, exposée à la galerie Almine Rech Paris en 2017. Cette façon de revisiter des œuvres antérieures n’est pas sans rappeler la thématique du 'sampling' – échantillonnage, ré-échantillonnage – propre à la culture du disque, que Hildebrandt exprime clairement dans sa série 'Rip Off', tableaux dans lesquels l’artiste propose des versions en positif et en négatif de la même image. Dans la l’œuvre de la série 'Rip Off' présentée ici, 'Die Tränen des Triton' (Les larmes de Triton, 2019), on peut voir une image d’écume en positif flottant sur la Spree et formant une arabesque qui résonne visuellement et conceptuellement avec les deux tableaux avoisinants, composés de galettes vinyles découpées.

À travers ces deux tableaux, l’artiste déploie de nouveaux motifs: l’un, dans des tons mêlés de bleu, vert et violet ('Albion', 2019) est constitué du même album de Paar que l’installation au plafond, et comporte un motif ondulant abstrait; l’autre, en noir ('Midnight Oil', 2019), réalisé à partir de disques récupérés, comporte des lignes blanches qui serpentent et découpent une grille, en hommage à l’artiste Imi Knoebel. À ces deux œuvres s’ajoute un tableau presque entièrement blanc, avec une touche de couleur dans un coin, réalisé en recouvrant la toile d’entames de bandes de cassettes audio, qui sont toujours blanches, transparentes ou de couleurs vives, contrairement au brun foncé de la partie magnétique. 

Plus loin, le spectateur est accueilli par une série de neuf vues intérieures de l’actuel appartement berlinois de l’artiste, qui donne son titre à l’exposition 'Der Raum ist die Miete' (La Chambre est le Loyer). Les images sont imprimées sur des rangements de cassettes, ce qui donne l’impression d’un retour en arrière de plusieurs décennies. En parcourant les œuvres de gauche à droite, on entre, on déambule et on sort de l’appartement, virtuellement, avec la perspective de l’artiste. Dans un clin d’œil à Bruce Nauman et son installation vidéo 'Mapping the studio I' (2001), Hildebrandt nous laisse entrevoir l’espace où ses idées émergent. Dans l’une des vues de l’appartement, on aperçoit une gravure de l’artiste et scénographe Thomas Gruber, mentor et inspirateur de Hildebrandt, qui fait référence au Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Cette image témoigne de l’évolution naturelle d’un artiste influencé par ses amis et ses professeurs, jeunes ou moins jeunes.

L’art de Hildebrandt échappe à toute catégorie, parce qu’il oppose des styles artistiques formellement réducteurs, comme le minimalisme ou l’expressionnisme abstrait, à un riche pastiche fait de références personnelles et intertextuelles. Ainsi, l’influence de
« poids-lourds » de l’art comme Robert Motherwell ou Fred Sandback importe autant pour son cheminement artistique que l’œuvre de Thomas Gruber, et les morceaux pop de Portishead et Leonard Cohen pèsent autant que ceux de Paar. En se composant librement une cosmologie artistique à partir de son environnement, Hildebrandt associe et reconfigure avec une grande maîtrise le matériel et l’immatériel, le personnel et le collectif: il nous invite ainsi à danser sur une musique que nous seuls pouvons entendre.

 

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